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<title>Plein écran - livres</title>
<description>Sur l'avenir d'une nouvelle médiation (un nouveau média ?) pour le livre et le savoir. Et aussi : chroniques cinéma et littérature.</description>
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<title>De l'importance d'être constant : Luis Bunuel</title>
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<author>noreply@maxrobin.fr (Max Robin)</author>
<category>Livres</category>
<pubDate>Wed, 29 Nov 2006 18:45:00 +0100</pubDate>
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Luis Buñuel, &lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Mon dernier soupir&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;. Ramsay Poche cinéma.&lt;img src=&quot;http://www.maxrobin.fr/images/thumb_9782841148141.gif&quot; alt=&quot;medium_9782841148141.gif&quot; style=&quot;border-width: 0; float: right; margin: 0.2em 0 1.4em 0.7em;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Luis Buñuel est né en 1900 ; étudiant à Madrid, alors qu’il se prépare à une carrière d’ingénieur-agronome, il fait la rencontre d’un jeune peintre catalan, Salvador Dali. Puis d’un poète andalou, beau et brillant, Federico Garcia Lorca. Dans les années vingt, ces trois-là ne sont pas encore des célébrités : tous juste des jeunes gens plutôt imaginatifs qui fréquentent les peñas et les cafés où ils croisent Eugenio d’Ors, Valle-Inclan, Unamuno, Rafaël Alberti... C’est la première étape - après l’enfance et l’adolescence, aragonaises et heureuses - d’une éducation intellectuelle et humaine qui est racontée dans Mon dernier soupir avec beaucoup d’esprit et d’humour - on n’en attendait pas moins de l’auteur du &lt;em&gt;Fantôme de la liberté&lt;/em&gt;. Puis viendront les épreuves du feu : Paris et le ralliement naturel à la joyeuse troupe surréaliste, les premiers films (&lt;em&gt;Le Chien andalou&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;L’Âge d’or&lt;/em&gt;) et les années de la Guerre civile - brutal et étrange surgissement du désordre tant désiré. Buñuel a plus de quarante ans lorsqu’il accomplit au Mexique l’essentiel de sa filmographie, plus de soixante-dix lorsqu’il réalise les perles d’un cinéma singulier, l’un des plus passionnants et des plus libres du siècle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Lorsqu’il écrit ce livre de souvenirs, autobiographie à la fois classique et fantaisiste, toujours enjouée - à l’image de son œuvre -, Luis Buñuel voit sa fin approcher. Il s’ennuie, le rituel sacré des apéritifs ponctue ses journées de vieillard lucide, drôle, sourd et partiellement aveugle. Et, semble-t-il, c’est pour retrouver les plaisirs de la conversation qu’il écrit ce livre - avec l’aide de Jean-Claude Carrière, complice depuis &lt;em&gt;Le Journal d’une femme de chambre&lt;/em&gt;. Loin de tout dogmatisme et du vain souci de l’authenticité, il revient sur son histoire en s’autorisant les digressions les plus cocasses et les incursions les plus soigneusement inutiles - dans l’anecdote ou le rêve. Chaplin ou les procès staliniens au 42 rue Fontaine (le domicile d’André Breton), le drame des assassinats arbitraires à Madrid en 1936 ou la cupidité de Gala, les pochades avec Duchamp ou son admiration pour Fritz Lang : le siècle qu’il traverse ressemble à un paysage coloré et changeant. Mais au-delà de son jeu avec la chronologie et avec les multiples ironies de l’histoire dont il amuse son public, Buñuel pose un regard hyper conscient et caustique sur les époques qu’il a traversées et les hommes qu’il a rencontrés. Et c’est dans les recoins, au hasard de cette conversation qu’il dit le vrai. S’il accepte de confier son affection et son admiration, c’est sans se départir jamais de son refus de la posture. Buñuel cinéaste sut admirablement montrer l’imposture en chacun de ses semblables, fût-il le plus proche de lui et le plus digne de son amitié. Idem dans &lt;em&gt;Mon dernier soupir&lt;/em&gt;, où l’art de la moquerie et de la provocation fait partie de l’homme. Il est aussi question de fidélité, d’une bizarre et rare constance dans les choix esthétiques, philosophiques et humains de l’artiste : une « morale » qui ne se confond jamais avec des « principes », mais où l’influence du surréalisme fut maintenue contre vents et marées et jusqu’au bout. C’est cette leçon de liberté et de paradoxale rigueur qui fait de &lt;em&gt;Mon dernier soupir&lt;/em&gt; une lecture enthousiasmante. Et très utile pour comprendre l’œuvre de Luis Buñuel. M.R.
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<title>L'Ogre et le petit Poucet : Hogg, Samuel Delany</title>
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<author>noreply@maxrobin.fr (Max Robin)</author>
<category>Livres</category>
<pubDate>Mon, 09 Oct 2006 11:20:00 +0200</pubDate>
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&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Hogg&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, Samuel R. Delany, éditions Désordres-Laurence Viallet. Traduit de l'anglais &lt;img src=&quot;http://www.maxrobin.fr/images/thumb_arton7956.4.jpg&quot; alt=&quot;medium_arton7956.4.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: right; margin: 0.2em 0 1.4em 0.7em;&quot; /&gt;(Etats-Unis) par Norbert Naigeon. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Mine de rien, sans trop de bruit encore, Laurence Viallet dispose ses petits soldats de plomb sur le théâtre des opérations. Ou les santons de couleur, ravis, dans la crèche. Ou les petits animaux dans la ferme - voire le zoo. Après le Yapou (&lt;em&gt;Yapou, bétail humain&lt;/em&gt;, de Shozo Numa) aux passions génito-buccales, qu’on avait tôt fait de s’approprier comme une chose affectueuse et familière, voici donc &lt;em&gt;Hogg&lt;/em&gt;. Hogg comme un nouvel ogre flanqué de son Petit Poucet docile et tellement attaché à son monstre qu’ils en deviennent tous deux... attachants. Le Petit Poucet c’est le narrateur, pas très proustien, c’est vrai, mais le genre littéraire qu’il réactive - malgré lui ? - est celui de nos plus belles comptines. Version poubelle (au sens propre : ne surtout pas dire &quot;trash&quot;) et loin de la psychologie des faubourgs Saint-Germain et autres. Ogre et Petit Poucet qui rappellent davantage un Chester Himes bien (mal ?) barré (la vermine dans les matelas ce n’était qu’un début, une ébauche) que les amours idéalisées de Gilles et Jeanne. Hogg a aussi sa cour et sa troupe - de mécréants, renégats, pillards et assassins -, mais quel est le but de sa quête ? Son dieu ? Son Graal ?&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;em&gt;Hogg&lt;/em&gt; est un roman atroce et très brillant, suffoquant et haletant, qui ne perd jamais son souffle (à aucun moment) et ne vous lâche pas avant que vous n’ayez le fin mot de l’histoire. Nous ne sommes certes pas dans les langueurs de l’érotisme, de celles qui vous tombent de la seule main dont on les lit, paraît-il (dans le meilleur des cas). Hogg : comme Juliette, le présent l’électrise - et comme pour Sade, on parlera de Grand-Guignol et de farce grossière. Pourtant, aussi insoutenables, cruelles, jubilatoires, drôlatiques, énormes et insanes que soient les aventures de Hogg (au pays des femmes en particulier, elles n’en mènent pas large), aussi redoutable que soit cette lecture (on vous aura prévenu), on ne tranchera pas. Entre Sade et Chester Himes (le narrateur ne serait-il pas &quot;nègre&quot; ?), entre une littérature qui sait conter et raconter (c’est rare) et un roman dérisoire à force de sordide, où est le sérieux, où est la farce ? Aucune psychologie, peu de calcul - sinon celui d’un puissant M. Jonas, commanditaire aussi fou que discret de ce requiem - et beaucoup de passages à l’acte. Aucune &quot;raison&quot;, et cela Hogg y tient beaucoup, qui préfère donner la mort plutôt qu’une réponse à une question aussi absurde. D’où l’étrange trouble dans ce personnage, qui en rappelle certains, réels ou fictifs, tout aussi insupportables. M.R.
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<title>Gentil héros : Le jardin du bossu, Franz Bartelt</title>
<link>http://www.maxrobin.fr/archive/2006/10/06/gentil-heros.html</link>
<author>noreply@maxrobin.fr (Max Robin)</author>
<category>Livres</category>
<pubDate>Fri, 06 Oct 2006 14:00:00 +0200</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le jardin du bossu&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (Franz Bartelt, Série noire Gallimard, en &lt;img src=&quot;http://www.maxrobin.fr/images/thumb_arton8456.2.jpg&quot; alt=&quot;medium_arton8456.2.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;poche) c’est une drôle de rencontre. Une rencontre improbable comme on dit aujourd’hui : celle d’un voleur à la petite semaine, amant fougueux, amoureux transi et &quot;basé sur l’idée de gauche&quot;, avec un héritier plein aux as mais qui a des habitudes bizarres - celle de séquestrer ses majordomes et de les accumuler dans les entrailles de sa maison, par exemple... Cet héritier-là l’est d’un entrepreneur et d’une speakerine ; cet escroc-ci s’y laissera prendre, et il n’est pas aux bouts de ses surprises ni de ses peines. Menacé par celui qu’il est venu cambrioler, notre escroc va devoir enterrer celui auquel il succède. Et qui n’est pas le premier, loin de là. Par la suite sa séquestration est confortable et bien nourrie, et notre homme se laisse aller à ses penchants naturels, ceux d’un brave type avenant et plutôt gentil. Mais pas facile quand même de faire copain-copain sous la menace d’une arme...&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Pourtant de cet échange mi-figue mi raisin naîtra une amitié pleine de confidences et de trahisons, et une variation sur une idée almodovaresque - façon &lt;em&gt;Attache-moi&lt;/em&gt;. Quant au &quot;politique&quot;, il est effleuré dans sa seule dimension qui vaille : celle de l’ironie. Car au fond ce&lt;em&gt; Jardin du bossu&lt;/em&gt; est aussi une histoire de lutte des classes. Les soliloques et réflexions qui sont occasionnés par ces aventures sont un vrai régal : drôle, ironique, le gentil héros est un homme qui sait parler, indéniablement. Et le romancier sait écrire. Parfois un tantinet trop : il en rajoute dans l’effet comique du leitmotiv, et l’effet de vérité est tellement recherché qu’il frise la fabrique de bons mots argotiques, mais c’est pour notre plaisir et on lui pardonne. De l’humour (façon Siniac parfois) et une vivacité qui se fout de la noirceur et de l’ampleur du récit comme de sa première béquille. Mais tout se tient, dans un récit cocasse et qui sait captiver et surprendre. M.R.
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<title>Romanzo criminale</title>
<link>http://www.maxrobin.fr/archive/2006/10/04/le-film-etait-presque-parfait.html</link>
<author>noreply@maxrobin.fr (Max Robin)</author>
<category>Livres</category>
<pubDate>Wed, 04 Oct 2006 13:55:00 +0200</pubDate>
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&lt;strong&gt;Le film était presque parfait&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Romanzo criminale&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, Giancarlo De Cataldo. Métaillié éditions.&lt;img src=&quot;http://www.maxrobin.fr/images/thumb_arton8310.5.jpg&quot; alt=&quot;medium_arton8310.5.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;S’agit-il de dire tous les défauts d’un polar efficace, ou de dire tout le bien qu’on pense... d’un roman politique ? Comme beaucoup de livres qui font le roman policier d’aujourd’hui, ce &quot;roman criminel&quot; est un produit sans la saveur qui a fait les grands titres du genre. Pourtant le scénario tient jusqu’au bout du film, le rythme est soutenu et ne faiblit pas, les personnages existent avec une vraisemblance louable - bref : un livre long et touffu qui sait pour le moins raconter une histoire. L’Histoire : celle d’une geste italienne entre fascisme endémique, éternel comme les ruines romaines qui observent ses soubresauts violents, mafias diverses que la politique réunit en un joyeux quadrille de sang, de pouvoir et de drogue, et une extrême gauche considérée comme un phénomène transitoire vite terrassé par le dragon du mal absolu. C’est l’intérêt de Romanzo criminale, œuvre d’expert (l’auteur est juge auprès de la cour d’assises de Rome), d’offrir une vision de l’Italie entre 1970 et 1992 extrêmement structurée : les Rouges, les fascistes qu’anime un anti-communisme radical, et les mafias pour qui le territoire et l’argent sont des notions précises et des sciences exactes.&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Vision pas très nouvelle, mais dont un genre romanesque scorsesien parvient à restituer la logique avec une indéniable force de conviction. Fascisme, communisme, mafias : Sainte-Trinité que l’Etat - et sa (dé)raison machiavélique - recueille et organise avec le cynisme, le mensonge et la dissimulation très rationnels qu’il faut. La recette est éminemment italienne, et les ingrédients choisis par l’auteur - putes de classe, voyous arrivistes et futés, incorruptibles, affranchis et hommes d’honneur de tous bords - restent somme toute très classiques. Mais ça marche, et l’histoire d’une &quot;prise de Rome&quot; par une bande que domine l’appât du gain et plus encore de ce pouvoir mythique que d’autres ont mis en images en Amérique pourrait rappeler La moisson rouge de Dashiell Hammett, n’étaient ses irréductibles faiblesses, qui tiennent en un mot : écrivain. Certes, romancier, de surcroît doté d’un indéniable (quoiqu’un peu forcé) sens de l’histoire, Giancarlo De Cataldo l’est assurément, avec une maîtrise des ficelles et des tuyaux qui dénotent un certain labeur. Mais l’écrivain est absent de cette fiction réussie qui tient en haleine par ce qu’elle raconte, non par ce qu’elle dit. Peu de style, quelques poncifs, mais un talent de conteur même si au final on regarde avec suspicion cette machine où les pièces du puzzle s’emboîtent avec un peu trop de facilité... historique et cinématographique. M.R.
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<title>Le corbeau : Histoire vraie d’une rumeur - Jean-Yves Le Naour</title>
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<author>noreply@maxrobin.fr (Max Robin)</author>
<category>Livres</category>
<pubDate>Tue, 05 Sep 2006 14:50:00 +0200</pubDate>
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&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Fou du même, esclave du pareil&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;img src=&quot;http://www.maxrobin.fr/images/thumb_arton8189.0.jpg&quot; alt=&quot;medium_arton8189.0.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;Hachette-Littératures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Histoire d’un fait divers dont toutes les étapes sont reconstituées, et qui suscita un film resté longtemps &quot;maudit&quot;. Un éclairage intéressant à l’heure des scandales d’Outreau et des affaires de &quot;corbeau&quot; qui font les titres de nos journaux...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Entre 1917 et 1921, un mystérieux &quot;corbeau&quot; règle ses comptes par lettres anonymes dans une petite ville de province. Déposant ses missives dans les endroits les plus imprévus, utilisant avec beaucoup d’astuce des intermédiaires au service des rumeurs qu’il répand, l’auteur des lettres n’épargne qu’une seule personne dans ses courriers, par ailleurs remplis de calomnies sur toutes les autres, la désignant par là même aux soupçons de la population locale. Cette histoire a alimenté les gazettes de nos aïeux pendant plusieurs années, entraîné deux suicides, l’humiliation d’un juge d’instruction et a suscité, vingt ans après les événements, le scénario d’un film célèbre : &lt;em&gt;Le corbeau&lt;/em&gt;. Or ce récit alerte et très documenté résonne étrangement dans notre actualité, entre les scandales d’Outreau où un juge fut abusé par son &quot;témoin&quot; et celui d’un &quot;corbeau&quot; qui préoccupe quelques ministres de notre glorieuse démocratie.&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Au premier abord il ne s’agit que d’un fait divers : une signature de feuilletonniste (&quot;l’œil du tigre&quot;) et des lettres anonymes de dénonciation parfois farfelues mais toujours calomnieuses retrouvées au hasard des bancs publics, des rebords de fenêtre ou des troncs d’église dans une petite ville française, Tulle en Corrèze, entre 1917 et 1921. Ce fait divers aurait dû le rester, et ne pas atteindre notre époque qui a son lot de lettres anonymes, de calomnies et de suicides - comme toutes les époques. Seulement voilà : le scandale des &quot;lettres anonymes de Tulle &quot; n’a pas seulement défrayé la chronique. Il a donné lieu à un film important tourné en pleine Occupation, favorisant indirectement un usage très particulier, et tout à fait accepté désormais, d’un certain nom d’oiseau : celui de &quot;corbeau&quot;.&lt;br /&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ce n’est pas le moindre intérêt de cet excellent livre que de revenir sur les circonstances du tournage du&lt;em&gt; Corbeau&lt;/em&gt; par Henri-Georges Clouzot, et sur les fortunes variées et très politiques que le film a connues selon les époques auprès de la critique française. Celle de 1943 n’est décidément pas celle de 1950, mais le politiquement correct est là où on l’attend le moins... L’autre intérêt de cette &quot;Histoire vraie d’une rumeur&quot; est dans une reconstitution exacte d’un événement qui sonde une époque (la fin de la Première Guerre mondiale et les années qui suivent) et en révèle toutes les obscurités : refoulements des vieilles filles et nécessité tellement sociale de &quot;se mettre en ménage&quot;, basses ambitions des préfectures de province, rôle de la presse et des &quot;experts&quot; en graphologie quelques décennies à peine après l’affaire Dreyfus... plus quelques surprises qui nous rappellent utilement que la répétition est au cœur de l’histoire, petite ou grande. Derrière le récit d’un fait divers qui constitue un véritable document de chercheur, ce sont deux époques qui sont mises en lumière : les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale, celles qui ont suivi l’Occupation et ses mauvais procès contre ceux que, soixante ans plus tard, on qualifiera de &quot;déclinologues&quot;. L’Histoire, décidément, se répète étrangement à lire cette rumeur. Et c’est aussi notre époque qui se raconte dans celle de nos grands-pères... M.R.
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