27.02.2009
Eclairages sur la librairie contemporaine

Merci à Lorenzo Soccavo pour l'info : lundi 2 mars à 19h, pour les Parisiens (Centre Pompidou), quelques professionnels (F. Leblanc, avec qui j'ai travaillé au pôle Métiers du Livre de St Cloud, Guillaume Husson ou encore Christian Thorel, qu'on ne présente plus) échangeront sur les enjeux de la librairie aujourd'hui. Une très bonne opportunité pour vous convier à l'un des axes de discussion du groupe "Livre 2.0" créé avec Hervé Bienvault sur Facebook : que pensez-vous du nouveau périmètre de "la librairie" sur la Toile (ou, plus largement, au regard de l'innovation numérique autour de l'édition et de la diffusion du livre) ? Comment les libraires peuvent-ils mieux utiliser le 2.0 pour favoriser leur notoriété, leur présence, et leur business ? A quoi va ressembler le libraire de demain ?
C'est à vous !
Centre Pompidou, Petite salle, niveau -1, Lundi 2 mars à partir de 19h.
Sans oublier l'événement Demain le livre les 4 et 5 mars à la Maison de la Chimie, Paris 7e.
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25.02.2009
Les liseuses

Autrefois l'adjectif "liseur", le plus souvent collé à l'adjectif "grand", désignait quelqu'un qui lisait beaucoup. On trouve ainsi de vieux (!!) dictionnaires des années 1980 qui qualifie Paul Valéry de "grand liseur". L'intention encyclopédique, le volume, la variété et l'exigence des lectures restent les vertus nécessaires pour qu'un "gros lecteur" soit un "grand liseur". Du moins peut-on le supposer : le mot "liseur" reste très peu usité dans notre langue, et sans doute est-il un peu suranné, vous pouvez faire le test vous-même au détour d'une conversation, l'usage du mot étonnera votre entourage*. Mais enfin il existe - c'est-à-dire qu'il a existé...
Le "grand liseur", dans la mesure où aucun genre de littérature ne lui était affublé ("c'est un grand liseur de romans") se distinguait de l'érudit par l'étendue et l'éclectisme de ses lectures, de ses intérêts, de sa curiosité et de son savoir. Aujourd'hui, comme chacun sait, le "grand liseur" est plus rare encore que son demi (et petit) frère plus moderne, le "gros lecteur", dont quelques études statistiques - à vocation sociologique et économique - et quelques contempteurs de nos humanités déclinantes ont gravé l'épitaphe. Le "gros lecteur" est en voie d'extinction.
C'est tout juste s'il nous reste quelques "grands lecteurs"... un petit tour des blogs** et le "grand lecteur" est comme le panda dans les forêts chinoises : il disparaît lui aussi à son tour.
Alors la "liseuse" le remplacera-t-elle dans le langage courant ? Les "machines à lire" électroniques qui apparaissent aujourd'hui sont appelées des liseuses. Apprécions la féminisation - en français - du "reader", à l'heure où il semble que les femmes sont précisément les "oubliées de la promotion des lecteurs d'ebook". Un billet intéressant qui rappelle que les femmes sont grandes lectrices et consommatrices de livres, mais que la "scénarisation" des livres numériques et des supports de lecture n'a pas encore pris (ou trop peu) toute la mesure - sociologique et économique - de cette donnée : la communication et le marketing sur les "liseuses" resteraient-ils destinés à l'homme technophile et féru d'électronique ? Une question peut-être pas si bête à se poser pour mieux vendre les "liseuses"... à tout le monde.
*Sauf une référence à l'actualité cinématographique la plus brûlante, mais c'est un feu de paille...
**Par exemple dans un récent billet de TeXtes : “Nous pensons que la possibilité d’utiliser votre terminal mobile constitue un avantage pratique évident, en particulier pour les consommateurs qui ne sont pas de grands lecteurs.” Ou comment définir sa "cible"...
Pourquoi vous ennuyez à ranger votre salon pour inviter vos amis à jouer ? Rejoignez plutôt l’une des salles de poker disponibles en ligne !
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23.02.2009
[Manifeste]
Rien à voir avec les sujets habituels de ce blog : le "manifeste des neuf intellectuels antillais", publié il y a quelques jours par lemonde.fr après Rue89 , définit la lutte politique comme une lutte poétique, dans un texte riche et beau qu'il faut lire, absolument. Le voici. Un document à comparer à l'air (intellectuel) ambiant : Séguéla ("Un homme qui n'a pas de Rolex à cinquante ans est un râté") et Sarkozy, sur son Secrétaire d'Etat à l'Outre-mer (""C'est un nul. D'ailleurs c'est parce que c'est un nul qu'on l'a placé là"). De quoi prendre un peu l'air et, enfin, un peu de hauteur...
20.02.2009
Livres d'art : le fond et la forme

A l'heure où le Mai du Livre d'art, la manifestation qui permettait depuis 20 ans aux éditeurs de beaux livres de mettre en avant leur production, est abandonnée (Livres hebdo, décembre 2008), qu'en est-il de la Librairie du Louvre, en voie de filialisation par les autorités ? J'ai bu un pot hier avec une libraire des lieux, qui s'inquiète bien entendu pour son avenir et celui d'une librairie de référence dans son domaine. Ce fut l'occasion de battre en brêche une idée reçue bien pratique pour les tenants du "tout commercial" : la librairie ne fait pas son "chiffre", comme on dit, sur les catalogues des grandes expositions destinés à la clientèle de masse, celle qui se déplace pour la Joconde ou la Vénus de Milo. A l'inverse, les recettes proviennent d'une clientèle plus discrète, qui apprécie un fond riche, extrêmement varié et particulièrement exigeant. Les institutions et bibliothèques sont une clientèle très importante de la librairie du Louvre, mais elle a le tort de ne pas arriver dans les lieux en cars de tourisme. L'admettre consisterait sans doute à confirmer la nécessité de pérenniser ce fond et les compétences qui en permettent la gestion et la promotion...
Il y a deux ans, la création d'un site Web de la Librairie du Louvre a été envisagé. Une enseigne qui aurait pu bénéficier d'une vitrine pour le moins prestigieuse, même si l'utilisation du nom "Louvre" pouvait être aussi coûteuse que le loyer sous la pyramide... le projet n'a jamais abouti, embroglio politico-statutaire de la RMN, du Musée et du Ministère oblige. La librairie du Louvre, l'un des lieux les plus importants pour l'édition d'art, n'a toujours pas de présence sur la Toile...
La RMN a aussi pour vocation d'éditer des choses très très peu rentables, comme les inventaires par exemple. Quelle solution numérique permettrait de conserver la qualité éditoriale de ces publications (en termes de reproduction d'images notamment) à moindre coût ? L'option numérique se substituant au livre traditionnel est une survie pour ce type de publications, nécessaires à l'activité d'acteurs multiples - conservateurs, historiens, chercheurs, muséographes, etc. Mais l'édition n'est rien sans la diffusion : là encore, le site de la librairie de référence n'aurait-il pas son sens et son utilité ?
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19.02.2009
Version longue
Neopodia, tout jeune site de téléchargement de podcast et webcast, propose de s'instruire gratuitement chez soi (abonnement à de courtes séquences d'interviews d'auteurs) ou en emportant sur son baladeur les séquences téléchargées ("le savoir à emporter"). Le site est un outil de promotion pour l'éditeur et pour son auteur, qui se prête au jeu de l'interview en synthétisant et vulgarisant le propos contenu dans sa dernière publication. Il est question de savoir (histoire, sciences du vivant, environnement...) et non de littérature*, la modalité de l'entretien se prêtant à l'exposé didactique (mais pas ennuyeux) des journées terribles de 1789 ou encore de la fin des Templiers. Un outil de promotion innovant pour l'éditeur de sciences humaines (ou autres), et un moyen pour le "lectauditeur" curieux (l'"honnête homme" d'hier) d'avoir plein de choses à dire à ses collègues pendant sa pause déjeuner (tout dépend bien sûr de la longueur de son trajet en métro...).
Quant au modèle économique, s'il fait la part belle à l'usage gratuit, il permet aux éditeurs de mettre en avant une production pas forcément très visible pour le grand public. A suivre.
(http://urfistinfo.blogs.com/)
* pour la littérature, voir Ubu.com
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16.02.2009
Le texte inépuisé
Retour, humble et prudent, dans les discussions qui animent foule de blogs autour d'une nouvelle diffusion pour le livre numérique. J'avais "décroché". Entre temps Virginie Clayssen, rencontrée il y a peu dans les locaux d'Editis, a ouvert dans les pages de son excellent blog (TeXtes) des controverses tout à fait utiles et passionnantes sur le(s) sujet(s).
J'en retiens une, qui fait le point sur le nouveau format e-pub. intitulé "Neelan Choksi (Lexcycle) : conseils aux éditeurs". La traduction de ces "conseils" par Virginie Clayssen suscite un série de réactions autour de l'incitation au choix d'un format pour le livre numérique. L'intention, dans tous les messages, est louable : il s'agit de favoriser l'essor du numérique pour le livre au moyen d'un consensus technique. Rien qui ne me dérange dans ces propos. En revanche, le fait de proposer une conversion massive des "fonds" d'éditeurs va-t-il de soi ? Ne se dirige-t-on pas vers une conversion/diffusion tous azimuts des livres, d'hier et d'aujourd'hui, en négligeant le rôle de l'éditeur ?
J'ai le souvenir que les membres de Google rencontrés sur le Salon du Livre en 2007 jugeait superflu cette fonction, ce rôle de tri, sélection, choix (etc. etc.) dans l'effort Google Books : il s'agissait alors de TOUT "avoir" ("plein les armoires"), de tout numériser (cette vieille utopie est parmi les plus tenaces, et que la mémoire électronique a considérablement réactivé ce genre de fantasmes). Or Paul Otchkovsky-Laurens rappelait (un an plus tôt) combien le travail du catalogue, du fond d'éditeur est aussi une manne, au sens éditorial et au sens économique, pour l'éditeur (il citait notamment le cas de la collection Quarto, chez Gallimard, qui réédite précisément en un volume des textes parfois épuisés d'un même auteur).
La réponse est sans doute dans "La mutation de la fonction éditoriale" dont il est question dans La Feuille et dans Novovision.
Certes la discussion stimulante qui a lieu dans TeXtes concerne un aspect technique de la question - aspect très enourageant de surcroît. Mais cela me semble poser la question du court-circuit : combien de temps reste-t-il à l'éditeur, au libraire, au diffuseur pour rediscuter sa "fiche de poste" ? Plus exactement, en aura-t-il seulement la liberté ?
On aura aussi intérêt à ce sujet à relire le billet "long mais intéressant" publié dans Affordance, sur la problématique des ouvrages sous droits et épuisés dans leur rapport à Google : Google Books : le prix de la tranquilité (et du monopole).
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