25.02.2009

Les liseuses

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Autrefois l'adjectif "liseur", le plus souvent collé à l'adjectif "grand", désignait quelqu'un qui lisait beaucoup. On trouve ainsi de vieux (!!) dictionnaires des années 1980 qui qualifie Paul Valéry de "grand liseur". L'intention encyclopédique, le volume, la variété et l'exigence des lectures restent les vertus nécessaires pour qu'un "gros lecteur" soit un "grand liseur". Du moins peut-on le supposer : le mot "liseur" reste très peu usité dans notre langue, et sans doute est-il un peu suranné, vous pouvez faire le test vous-même au détour d'une conversation, l'usage du mot étonnera votre entourage*. Mais enfin il existe - c'est-à-dire qu'il a existé...

Le "grand liseur", dans la mesure où aucun genre de littérature ne lui était affublé ("c'est un grand liseur de romans") se distinguait de l'érudit par l'étendue et l'éclectisme de ses lectures, de ses intérêts, de sa curiosité et de son savoir. Aujourd'hui, comme chacun sait, le "grand liseur" est plus rare encore que son demi (et petit) frère plus moderne, le "gros lecteur", dont quelques études statistiques - à vocation sociologique et économique - et quelques contempteurs de nos humanités déclinantes ont gravé l'épitaphe. Le "gros lecteur" est en voie d'extinction.

C'est tout juste s'il nous reste quelques "grands lecteurs"... un petit tour des blogs** et le "grand lecteur" est comme le panda dans les forêts chinoises : il disparaît lui aussi à son tour.

Alors la "liseuse" le remplacera-t-elle dans le langage courant ? Les "machines à lire" électroniques qui apparaissent aujourd'hui sont appelées des liseuses. Apprécions la féminisation - en français - du "reader", à l'heure où il semble que les femmes sont précisément les "oubliées de la promotion des lecteurs d'ebook". Un billet intéressant qui rappelle que les femmes sont grandes lectrices et consommatrices de livres, mais que la "scénarisation" des livres numériques et des supports de lecture n'a pas encore pris (ou trop peu) toute la mesure - sociologique et économique - de cette donnée : la communication et le marketing sur les "liseuses" resteraient-ils destinés à l'homme technophile et féru d'électronique ? Une question peut-être pas si bête à se poser pour mieux vendre les "liseuses"... à tout le monde.

*Sauf une référence à l'actualité cinématographique la plus brûlante, mais c'est un feu de paille...


**Par exemple dans un récent billet de TeXtes : “Nous pensons que la possibilité d’utiliser votre terminal mobile constitue un avantage pratique évident, en particulier pour les consommateurs qui ne sont pas de grands lecteurs.” Ou comment définir sa "cible"...

 

 

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Commentaires

Merci pour ce billet instructif. Petite précision : c'est moi qui ai proposé, il y a déjà plus d'un an de cela, l'emploi du terme "liseuse" pour traduire l'anglais "e-reader". La première fois, dans un commentaire sur le blog de Bruno Rives, puis, plus tard, j'ai défendu cette proposition dans ce billet : http://www.archicampus.net/wordpress/?p=206

Ecrit par : Virginie Clayssen | 03.03.2009

ça ne progresse toujours pas de ce côté-là!
http://www.google.com/search?client=safari&rls=fr&q=liseuse&ie=UTF-8&oe=UTF-8
trop associé à la lampe de chevet selon moi
le mot lecteur qui suit l'anglo-saxon me convient bien mieux, nous utilisons déjà beaucoup de lecteurs, un de plus!

Ecrit par : Aldus | 04.03.2009

Il faut soutenir le nouveau sens de "liseuse", avec ce sens spécifique, pour asserter la place de la notion de livre dans le monde numérique, si l'on souhaite une politique du "livre" et de la lecture, avec une place reconnue dans l'espace du numérique...

Sinon, on laissera la place à un monde de pages web, de sites, de fichiers, de programmes, de dispositifs, de matériels...

Ecrit par : Alain Pierrot | 04.03.2009

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