17.10.2007
Du "virtuel"
Hormis la chronique d’un divorce annoncé, qui n’a pas grand-chose à voir avec nos préoccupations, que nous offre cette semaine l’information filaire ? Madonna, qui décidément sait faire parler d’elle (comme Sarkozy, mais à la dimension de la planète), enterre définitivement la notion d’éditeur de musique, après que Radiohead eut enterré celle de prix de vente d’un album. L’éditeur « de livres » attend son tour, qui assiste déjà, depuis pas mal d’années désormais, à la disparition de son meilleur ennemi (celui pour lequel il y a encore peu il avait le plus grand mépris) : le libraire. Sur ce point, les tentatives encore amusantes de Gnooks et de Gnovies sont un peu les arbres qui cachent la forêt d’une réalité plus du tout virtuelle : que les sites de ventes de livres se passent fort bien aujourd’hui de « libraires », et que les « bouquets » numériques remplaceront peut-être, demain, les rayons, tables et autres lutrins des librairies. Quant à l’éditeur de « livres » de jeunesse, ceux de Madonna ou ceux de Marlène Jobert, c’est pareil, il ira bientôt rejoindre les bancs de écoles de design…
L’innovation consiste, dans le domaine de la production, de la diffusion et de la commercialisation du livre et dans l’environnement (pardon : « l’écologie ») du Web en une virtualisation des métiers d’hier. Et tant pis si j’enfonce des portes déjà ouvertes : celles qui demain se fermeront à tous ces étudiants en librairie (ou en édition), faute de pas de portes, ne seront-elles pas autrement… réelles ?
17:15 Publié dans Livre et numérique : actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nabaztag, virtuel, gnooks, gnovies, madonna, radiohead, virtualisation
10.10.2007
Google national de France ?
C'est véritablement une nouvelle - pardon, une "news" - hallucinante, importante, et tout à fait grave, et je suis surpris que fort peu de blogs ne prennent le relais d'affordance. C'est désormais Google qui devient le super consultant (hors de prix ?) de notre Ministre de la Culture pour une meilleure "visibilité du patrimoine français" en matière de livres.
La question fut, pendant longtemps (plusieurs années), de se débrouiller pour trouver, voire bricoler, une alternative à l'extrême et redoutable puissance de Google concernant la diffusion des livres sur le Web. Google a les moyens de numériser un nombre impressionnant de livres, afin de permettre à tout internaute, dans un futur pas si lointain, de consulter à peu près tout sur n'importe quoi. Le droit d'auteur et les conflits que cette diffusion tous azimuts ne manquera pas de créer ne valeront rien à côté des milliards gagnés par Google s'il parvient à faire venir à lui - sur ses propres pages, ou via les accès qu'il aura déterminés - tous les lecteurs de tous ces livres. Les sommes générées par le trafic seront très importantes, ce seront vraisemblablement celles de la pub, qu'il vendra d'autant plus aisément que l'accès vers ces livres sera plus ou moins exclusif. Envers et contre tout, et avec ses défauts et carences, Jean-Noël Jeanneney (en son temps d'avant Bruno Racine, récemment parachuté par Chirac à la tête de la BNF) avait tiré la sonnette d'alarme, comme on dit. Or Christine Albanel a reçu le chef français de Google (Mats Carduner) pour lui demander de "formuler prochainement ses suggestions voire ses recommandations à l'attention du ministère de la Culture et de la Communication pour augmenter la visibilité du patrimoine culturel français."
Il ne s'agit pas seulement d'un revirement complet, massif, bruyant et particulièrement maladroit de politique. Il n'est pas seulement question d'accorder une légitimité quasi-institutionnelle à une entreprise certes bien pratique (ne crachons pas sur la soupe, que ferait-on sans le moteur Google de nos jours ?) mais, il convient de le rappeler, qui n'est qu'un moteur de recherches ET RIEN D'AUTRE (de son propre aveu, j'en fus moi-même témoin au dernier Salon du Livre). Cette façon de faire pourra certes passer pour insultante à ceux qui, depuis pas mal d'années maintenant, travaillent - à la BNF et ailleurs - à une façon nouvelle, intelligente et durable, de stocker et diffuser les livres sur Internet. Peu en chaut à Madame Albanel, qui a sans doute vu là une façon comme une autre de faire des économies substantielles. Reste que ce blanc-seing accordé à une entreprise qui n'a d'autre prétention que d'accumuler les informations (et seulement les informations, le "livre" n'étant pour Google qu'une masse à peine singulière d'informations) afin qu'elle "suggère" voire "recommande" est plus que suspect. Quelle vision politique soutend une démarche aussi audacieuse ? Quelle garantie, en premier lieu de compétence, les professionnels - du livre patrimonial et du livre tout court, cf. le procès toujours en cours entre La Martinière et Google, ou hier avec les éditeurs de presse belges - peuvent-ils attendre d'une telle consultation ?
17:05 Publié dans Livre et numérique : actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : albanel, bnf, racine, google, mats, carduner

